Le projet du JosLab
Vider aujourd’hui cet appartement, rempli d’une histoire juive traumatisée par la Shoah, n’était pas simple pour nous, Messaline et Julien, (Français accueillis par la Belgique depuis plus de quinze ans, et soutenant la cause palestinienne).
Comment honorer la mémoire de Joseph, enfant caché pendant la Deuxième guerre mondiale, et condamner l’antisémitisme sans cautionner le génocide des Palestiniens perpétré par Israël en toute impunité ? Cette question a été au coeur de toute la diffusion du film Ote-toi de mon soleil.
Ces questions lourdes seront aussi travaillées et réfléchies lors d’ateliers artistiques, car nous ne pouvons plus faire l’impasse du politique.
En attendant, les travaux de l’appartement ont été orchestrés par Moham, maître d’oeuvre palestinien qui nous a fait la joie de court-circuiter le débat, de faire table rase dans le lieu afin de
repartir d’une page blanche sur laquelle réécrire l’histoire de cet espace à notre façon, en réaffirmant notre rêve d’un monde libre, créatif, juste, anti-colonialiste, anti-raciste, anti-fasciste, écologique, féministe.
Nous sommes en pleine recherche pour un cinéma affranchi de différentes dominations, en quête d’un cinéma « soutenable » et non-douloureux.
La mémoire du lieu, liée à Joseph et au syndrome de Diogène, est marquée par la peur de disparaître. Nous organiserons, en hommage à Joseph, une expositions des éléments conservés durant le grand tri, et par la suite des ateliers d’écriture autour de l’archive familiale et historique, du deuil, du désordre, de l’accumulation, de l’angoisse de disparition.
Joseph avait, parmi tant d’autres, le projet de créer la Société des petit·es inventeur·ices. Le JosLab sera aussi un espace de création pour enfants.
Etre mère et artiste, c’est un sacerdoce m’a-t-on dit un jour. Porter ces deux états, mère et artiste, je le fais depuis plus de quatorze ans, avec force, ténacité et joie. C’est une lutte.
Le rêve du JosLab serait, dès lors, de proposer un espace de création ouvert à la parentalité et à l’accueil de l’enfance, des tout·es-petit·es, aux adolescent·es avec :
- Un espace cocon pour l’allaitement, le yoga, le massage, le corps dans tous ses états.
- Une chambre à soi pour les artistes : un espace de repos, de récupération et de création artistique.
- Des activités artistiques prévues pour les plus grand·e·s : la Société des petit·es inventeurices pratiquant le réemploi de matériaux et la récupération.
- Une chambre noire pour poursuivre l’exploration d’une photographie non-toxique, soutenable (sustainable), en accord avec les végétaux du parc de Forest.
- Des ateliers d’écriture et tables rondes ouvertes sur les questions liées à la fatigue des jeunes mères et pères, le vertige des transformations de l’adolescence, la question épineuse de l’usage des écrans.
- Un lieu d’exposition, de rencontres, de concerts et de projections.
Le JosLab portera l’idée d’être parent.e comme une fierté, un choix politique, pas comme une croix
ou un poids, pas comme un rôle secondaire ou à cacher.
Le JosLab, espace en surplomb proche du parc de Forest et offrant un sublime panorama au coeur de la ville de Bruxelles, se veut comme un espace d’ouverture du regard, d’ouverture des perspectives, en rupture avec les structures binaires et sclérosées de la pensée occidentale favorisant la montée du fascisme.
Messaline Raverdy





